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4 mai 2026
À l’heure où l’intelligence artificielle transforme la pratique médicale, l’odontologie est elle aussi à un tournant. Pour comprendre les enjeux de 2026, nous avons rencontré le Pr Maxime Ducret, chirurgien-dentiste et enseignant-chercheur qui s’intéresse à l’évaluation et à l’intégration de l’intelligence artificielle en odontologie. À la croisée de la clinique, de la recherche et des questions réglementaires, il analyse les défis scientifiques et éthiques que l’IA va représenter pour notre profession.
Ces dernières années ont marqué un véritable changement d’échelle. Nous avons assisté à la convergence entre l’émergence de nouveaux modèles d’intelligence artificielle et l’explosion des capacités de calcul disponibles. En santé, l’IA s’est historiquement concentrée sur l’analyse d’images médicales, avec des performances parfois supérieures à celles de l’humain dans des tâches très ciblées. Aujourd’hui, avec l’arrivée des modèles de langage comme Mistral ou ChatGPT, une nouvelle dimension apparaît : la capacité à comprendre, synthétiser et générer du texte. Cela ouvre des perspectives inédites pour notre profession bien au-delà du seul traitement d’image.
L’odontologie a suivi une évolution assez similaire à la médecine. Pendant longtemps, l’IA a été intégrée principalement dans les outils d’imagerie : radio panoramique, CBCT, caméras d’empreinte optique. Ces systèmes assistent le praticien dans la détection de lésions, la planification implantaire ou orthodontique, ou encore l’analyse morphologique. Aujourd’hui, les modèles de langage ouvrent de nouveaux usages : aide à la rédaction des comptes rendus cliniques et chirurgicaux, structuration du dossier patient, réponses pédagogiques aux interrogations des patients, ou encore appui à la recherche bibliographique. La synthèse d’informations devient plus accessible, mais ces avancées nécessitent un encadrement rigoureux.
Ils sont nombreux. Le premier, à mes yeux, est celui de la responsabilité professionnelle. Dès lors qu’un outil influence nos décisions, même partiellement, la question de la responsabilité en cas d’erreur se pose. Il y a également le risque d’automatisation excessive : à force de déléguer certaines tâches cognitives, nous pourrions perdre progressivement une partie de notre expertise de clinicien. Il faut trouver un équilibre entre augmentation et substitution. Enfin, la question environnementale devient incontournable. Les modèles d’IA reposent sur des infrastructures qui consomment beaucoup d’énergie, et leur généralisation massive pose un défi de soutenabilité que la profession ne pourra pas ignorer longtemps.
La priorité est clairement la formation. En tant qu’enseignant-chercheur, j’ai la conviction que nous devons intégrer ces enjeux dès la formation initiale, mais aussi accompagner les praticiens en exercice par la formation continue. Dans le cadre d’une collaboration entre Paris et Lyon, nous avons par exemple initié avec le Dr Richert et le Dr Dot plusieurs modules dédiés à l’IA en odontologie pour les étudiants de 4e année. Ces sujets sont désormais discutés même au sein de la Conférence des doyens en odontologie et j’espère que cette thématique sera prochainement enseignée dans la majorité des établissements français.
L’IA constitue souvent une porte d’entrée vers des questions plus larges pour les étudiants et les professionnels : RGPD, gestion et gouvernance des données de santé, règlementation européenne comme l’IA act ou l’EHDS, cybersécurité, etc... Nous avons récemment abordé ces thématiques dans le guide de l’ADF que j’ai eu la chance de coordonner avec une équipe de praticiens et d’enseignants-chercheurs qui s’interrogent sur ces questions partout en France. Cette réflexion devra s’inscrire dans la durée pour permettre à la profession d’évoluer en conscience des enjeux et de rester actrice de ces transformations.
Maxime Ducret est co-responsable à Lyon d'un DU sur l'Intelligence artificielle en Santé et d'un DU de Réhabilitation Orale Numérique.